Manager les talents de manière collaborative ou coopérative ?
Conclusion
Voilà, me voici arrivé au bout de ce travail, la fin de l’aventure étant la soutenance à venir. Suis-je réellement arrivé à être dans cette épistémologie complexe que je défends ? Ce sont mes lecteurs qui pourront me le dire.
Dans le peu de temps que l’institution et moi-même nous sommes donnés pour concrétiser ce travail, deux réalités en soi qui ont dû s’aligner, j’ai fait de mon mieux pour essayer de montrer et d’interroger à la fois les réalités de ce monde de plus en plus complexe qui nous invitent à nous réinventer, aussi bien dans le management des talents que dans la manière de mener des recherches. Est-ce un talent que d’avoir réussi à faire cela en sept semaines, à
« l’arrache », tout en travaillant dans un poste et une nouvelle entreprise depuis 5 mois ? Peut-être. Ce sera à vous de le dire. Moi je ne sais pas, je fonctionne tout simplement ainsi à partir de mon monde propre et de ma construction neurobiogénéticopsychosocioculturelle.
Dans ce travail, en ayant fonctionné différemment que les normes attendues, je m’autorise à inviter la recherche à se déployer et se réinventer afin de prendre en compte et s’approprier les différents mouvements et transformations en cours, pour embrasser pleinement la nouvelle révolution industrielle qui s’annonce. Peut-on, dans l’ici et maintenant de ces transformations en cours, se permettre de mener les recherches comme nous le faisons depuis de nombreuses années, c’est-à-dire en circonscrivant son champ à un sujet précis ? Je dirai oui et non. Non, parce qu’il me semble de plus en plus nécessaire de prendre en compte la complexité du monde et sa systémie, pour bien le comprendre et pour pouvoir agir le mieux possible au nom de la préservation de nos environnements (dont celui du travail qui est l’objet de cette recherche), de l’humain et de l’humanité. Mais ce non demande la capacité de faire des liens, de prendre en compte le tiers inclus et les différents niveaux de réalité existants, d’avoir conscience du tiers caché et de ce qui se joue à ces différents niveaux de réalité. Tout le monde en est-il capable, tout le monde peut-il être le généraliste que cela impose ? Non, évidemment. Et c’est là que je dirais oui à ma question initiale. Nous aurons toujours besoin de spécialistes qui mèneront des recherches de manière classique afin de fournir la matière dont les généralistes auront besoin. Cette nouvelle forme de recherche à laquelle je nous invite pourrait prendre la forme de sujets complexes qui se nourriraient de sujets spécifiques et spécialisés. Ces « recherches complexes » comme je les appellerais, pourraient donc être coordonnées par des généralistes qui feraient les liens nécessaires afin de nuancer le travail des spécialistes et de permettre aux différents champs d’interagir et discuter entre eux, offrant alors de nouvelles perspectives et compréhensions. Cela reviendrait à mettre en coopération des chercheurs spécialisés travaillant sur des champs différents avec la coordination d’un chercheur généraliste. On pourrait y ajouter des professionnels dans une logique de « recherche-action adaptée ». Considérant ce que j’ai abordé et mis en lumière dans ce travail, faire travailler tout ce petit monde de manière coopérative, avec des moments collaboratifs, ne pourrait-il pas favoriser une telle manière de faire de la recherche ? Par contre, pour que cela puisse fonctionner et que la confiance soit là, le lâcher-prise des spécialistes ne sera-t-il pas indispensable ? Et là, il faut reconnaître que pour certains les égos auraient à être travaillés. Bon, cela n’est qu’une idée de forme, bien d’autres peuvent être inventées je pense. Mais pour cette forme particulière, les exceptionnels talents dont j’ai parlé n’auraient-ils pas toute leur place en tant que « généraliste coordinateur » ? Dans les Écoles et les Universités ne serait-il pas intéressant aussi de mettre dans une promotion un groupe d’étudiants (d’un même master ou de masters différents) sur des thématiques différentes qui serviraient une thématique complexe ?
J’ai entièrement conscience que des sujets n’ont pas été abordés dans ce travail complexe, comme les compétences par exemple. Mais il m’a tout de même fallu me limiter et choisir, principe de réalité oblige. Si j’avais pu mener cette recherche comme je l’aurais souhaité, je me serais inscrit dans une logique « comparativo-interrogative ». J’aurai ainsi commencé par mener l’élaboration théorique et expérientielle que j’ai effectuée, mais de manière plus approfondie. J’aurais ensuite mené une analyse comparative et interrogative d’études avec confrontation à l’élaboration « théorico-expérientielle » (ce qu’il m’a donc été impossible de faire). Bien évidemment auraient suivi des entretiens qualitatifs, mais avec un panel plus construit et réfléchi prenant en compte une diversité (à définir). Derrière j’aurais mené une analyse comparative et interrogative de ces entretiens, avec confrontation à l’élaboration « théorico-expérientielle ». Si j’avais eu beaucoup de temps, j’aurais fait émerger un questionnaire de ces entretiens pour mener une enquête quantitative. Et pour finir, j’aurais mené une analyse globale. Cette manière de procéder, certes longue et fastidieuse ne pourrait-elle pas être utilisée dans le cadre de la recherche complexe ? Cela n’a donc pu se faire. Ce n’est rien ! Je sais que c’était impossible à réaliser, mais c’est tout de même frustrant. J’aurais donc aimé pouvoir encore plus approfondir ce sujet du management collaboratif ou coopératif des talents.
Alors, au bout de ce travail, qu’en est-il de ma question de recherche initiale et du travail que j’ai mené ? L’approche que j’ai eu d’avancer pas à pas sans réelle finalité attendue et réelle hypothèse a permis de laisser émerger bien des éléments et des interrogations pour le futur. Certes, c’est une manière de faire particulière, mais n’illustre-t-elle pas ce que mener une recherche complexe pourrait donner ? Car il me semble que ce qui ressort le plus de ce travail n’est finalement pas la question du management collaboratif ou coopératif des talents, même s’il apporte des réponses possibles.
Une collègue de travail qui a relu mes quatre premières parties pour moi, m’a dit avec un certain humour et en rigolant alors qu’elle me le renvoyait avec des corrections : « tout ce que tu dis me parle, mais c’est sacrément angoissant. Je vais négocier ma rupture anticipée et attendre la retraite ! ». Cette réaction reflète, selon moi, bien ce qui émerge principalement de ce travail. C’est-à-dire la complexité d’un futur incertain sur lequel personne n’aura vraiment de pouvoir et qui demandera une adaptation et une transformation permanente. Tout va de plus en plus vite… les technologies, les comportements, les générations… et ce mouvement permanent seront sans doute sources de changements réguliers. La phrase d’Edgar Morin, « le futur est incertitude », n’est-elle pas de plus en plus d’actualité ?
Cette réalité mouvante est anxiogène pour les plus de 35-40 ans qui ont été habitués à une certaine forme de stabilité malgré certaines instabilités ambiantes (hé oui ! le tiers inclus se cache là aussi). Elle l’est moins pour les moins de 30-35 ans, par contre, les plus vieux d’entre eux sont nés dans ce début d’instabilité et les autres se construiront de plus en plus dans un monde instable. Ce sera donc une norme à laquelle ils se seront adaptés et habitués.
Dans ce monde instable, être capable de se réunir pour travailler en mode coopératif ne deviendra-t-il pas indispensable ? Cela pourrait-il garantir la sécurité dont nous avons tous besoin, ce premier besoin biologique primaire qui nous gouverne ? La force de l’humain qui lui a permis de survivre à l’aube de l’humanité et de se développer anarchiquement comme il l’a fait n’est-elle pas justement sa capacité de coopérer ? Ne devrions-nous donc pas redévelopper cette capacité et, ainsi, peut-être avancer vers un réenchantement du monde ? Et pour cela, commencer à utiliser une hybridation des modes coopératifs et collaboratifs dans la gestion de « tous les talents », pour le développement et la performance des organisations tout comme du développement des individus, ne serait-il pas pertinent ?
Alors, pour finir, je dirais que ce travail est avant tout une ouverture sur le futur, une ouverture vers des territoires à explorer, ces questionnements que j’ai pu poser tout comme ces notions/concepts que j’ai pu proposer : l’exceptionnel talent, les réciprocités collaboratives et coopératives, l’hybridation des modes coopératif et collaboratif, les chemins évolutifs de développement, le mouvement des carrières ou mouvement professionnel des talents, les cultures générationnelles et peut-être d’autres que j’oublie.
Bien évidemment, pour moi, l’idéal serait de les aborder dans le cadre d’une recherche complexe. Mais, comme je l’ai expliqué, les explorer de manière classique est tout aussi important.