Entre Don et Contre-don : une attente. Quel impact en éducation ?
Introduction
Ce mémoire s’inscrit dans la continuité de ma recherche sur le Don entamée en 2006 par mon mémoire de Dufa et représente un élément de celle-ci comme le fut ma note de recherche de M1.
Dans ce mémoire de master, comme dans ma note de recherche, j’utiliserai dorénavant le mot Don avec un « D » majuscule pour parler du processus décrit par Mauss et avec un « d » minuscule pour parler du fait, car « presque toujours, le don est inséré dans une séquence de don » – le Don – (Godbout 2000, p. 39).
Cette recherche globale dans laquelle je suis s’attache à étudier le Don – en tant que processus – en Éducation. L’objectif initial de cette recherche était de voir si le Don pouvait être un outil éducatif ou du moins en quoi il pourrait servir l’éducation des individus, quelle que soit sa forme (familiale, scolaire, professionnelle, etc.).
Mes différents travaux m’ont récemment amené à recentrer ma recherche sur la mise en confiance et la valorisation que peut provoquer le Don en Éducation, point que je présenterai rapidement à la fin de ce mémoire.
Dans mes précédents écrits, je suis entré dans le don en définissant les trois obligations du processus : donner, recevoir et rendre. Le Don, comme nous le verrons à différentes reprises, forme avec ces trois actions une boucle récursive dans laquelle le donateur d’un jour devient le donataire du lendemain et réciproquement, dans un processus spiralé. Durant ce processus, il existe une période d’attente entre le don et le contredon. Une période systématique et incontournable dont je postule l’importance et qui est l’objet de ma recherche.
En effet, quel impact peut avoir en éducation l’attente présente entre le don et le contredon ?
Afin d’étudier la question, j’ai commencé par travailler le Don en tant que fait social total, puis j’ai poursuivi sur la notion d’attente pour enfin terminer avec l’impact de cette attente en éducation avant d’ouvrir sur la poursuite de ma recherche.
J’ai ainsi pris le parti pris de commencer par aborder le don de manière holistique afin d’immédiatement entrer dans sa complexité, car comme Mauss l’a écrit, le don est un fait social total. Et c’est selon moi en tant que fait social total complexe que toute question concernant le Don devrait être abordée. Car le Don, en tant que fait social total, comme je le montrerai, est à la fois multidimensionnel, pluridisciplinaire et multiréférentiel. Ce qui le situe dans le champ d’une anthropologie générale[1]. Mais le Don est avant tout un processus complexe que je m’attacherai à décrire et à modéliser.
Une description que je vais reprendre au niveau psychanalytique, car une compréhension psychanalytique de ce processus qui fonctionne dans l’interaction entre des êtres vivants et/ou des personnes morales me semble indispensable. Cette compréhension me permettra aussi d’introduire le contredon et l’attente. Une attente qui comme je le montrerai fait appel à un imaginaire spécifique et impliquant qui se nourrit du passé et du présent : l’imaginaire de l’attente que j’ai appelé « l’imattente »[2]. Ce nouveau concept, je me suis efforcé de le définir et de le replacer dans le processus du Don.
Un Don dont on verra qu’il fait partie du processus éducatif. C’est au travers des processus du triangle de Houssaye : « enseigner », « former » et « apprendre » que j’ai développé ce point et présenté la place que pouvait prendre le Don. Un Don dont l’imattence joue sur le processus éducatif. Afin de donner un sens concret à tout ce travail et ainsi permettre de mieux visualiser la place du Don et l’impact de son imattence en éducation, j’ai terminé par une lecture de passages du film « les choristes » au travers du paradigme du Don et de l’imattente.
Le thème de cette recherche ne correspond pas au travail envisagé et programmé lors de ma note de recherche de M1. Dans celle-ci, j’avais annoncé une recherche sur les imaginaires et représentations existant sur le Don en Éducation. Pour des raisons professionnelles, j’avais prévu de mener cette recherche en deux ans. L’intuition de l’importance de l’attente dans le Don et des nécessités professionnelles m’ont amené à anticiper soudainement la finalisation de mon master et de cette étape de ma recherche.
De ce fait et par manque de temps, j’ai dû faire le choix (assumé) d’un travail principalement conceptuel et malheureusement moins approfondi que je l’aurai souhaité.
Ma méthodologie de recherche s’est donc limitée à un travail d’étude livresque sans réel terrain. Ce travail est le fruit de la métabolisation issue de l’interaction entre mes réflexions et mes différentes lectures récentes et passées. Étant donné que mon travail parle beaucoup de processus, ceux du Don et ceux de l’éducation, il ne pouvait se passer d’une analyse plus pragmatique. D’où mon choix, finalement, de prendre un terrain « fictif [3]» en la forme du film « les choristes ».
J’ai entièrement conscience que bien des points abordés mériteraient d’être plus étudiés et plus approfondis. Cependant, compte tenu du fait que ce travail fait partie d’une recherche plus globale, je me suis autorisé à aborder mon objet de recherche sans le travailler complètement, car je sais que la poursuite de ma recherche sur le Don en Éducation me permettra de revenir dessus.
Mon approche de l’éducation au travers du paradigme du Don n’est qu’un regard parmi tant d’autres. Mais un nouveau regard qui pourra peut-être apporter de nouveaux éclairages sur des situations éducatives d’une part et dans la recherche en Sciences de l’Éducation d’autre part. Je n’ai aucun doute sur le fait que ce que j’aborde dans ma recherche pourrait être abordé sous d’autres angles. D’autres angles qui avec celui du Don participent à la richesse et à la complexité du sujet abordé.
Une complexité qui commence par le fait que le Don est un « fait social total ».
[1] « La perspective générale se réfère à une “psychosociologie” de la vie adulte. Lorsque l’on regarde les références et les perspectives, celles-ci sont multiples : à l’histoire, à la psychologie, à l’anthropologie, à la philosophie, à la sociologie. À mon sens nous pouvons parler ici d’une certaine “anthropologie générale”, voire d’une multiréférentialité même si l’ancrage anthropologique plus classique semble un élément constitutif de l’ensemble » (Le Grand 2004, p. 14).
[2] « L’imattente » est un néologisme créé par moi qui sera traité plus tard (p. 53) et par la suite utilisé sans guillemet.
[3] A prendre dans le sens de fiction.